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LE PUITS : Les maux du génocide rwandais mis en scène

juillet 2012

« Remuer les eaux dormantes de la mémoire »,

« remuer le fond grouillant et vaseux du puits tari […] sans crainte de lever le serpent cornu qui y dort enroulé sur sa queue […] en acceptant le risque de soulever les émanations fulgurantes et nauséabondes de la fange… », comme l’écrivaient respectivement les romanciers-poètes djiboutien Abdourahman Waberi et et tchadien, Koulsy Lamko, à l’occasion de deux ouvrages parus dans le cadre de l’opération « Rwanda, écrire, par devoir de mémoire »…

Telle est peut-être la tâche qui incombe au poète qui entend faire œuvre de transmission.

Si l’écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana n’a pas fait partie de l’opération organisée par l’association Fest’Africa au Rwanda, les images du premier génocide africain ont hanté et nourri l’une de ses plus belles œuvres, Rêves sous le linceul, faisant resurgir d’autres images, celles jusque-là refoulées des villages de Madagascar en 1947, l’époque des traques, des massacres et des chiens-mangeurs de cadavres. L’œuvre de Raharimanana est faite d’échos, de réseaux, de liens tissés d’un texte à l’autre qui font la part belle aux images et connotations, témoignant d’une appréhension du monde quasi exclusivement sensitive et sensible. C’est cette « écriture-tissu », entremêlant des extraits de trois de ses œuvres, Le Puits, Rêves sous le linceul et Nour que le montage de Cécile Cotté nous fait sentir, cette « langue-mémoire », que la création sonore de Stéphane Scott nous fait entendre. Raharimanana transmet les maux du passé par les mots du présent. « Nos mémoires mortes, nous serions à jamais apatrides », écrit-il. Il est passeur, mpampita, en malgache, « celui qui fait aboutir », mpanody, « celui qui fait avancer et traverser », mais aussi, et surtout peut-être, mpanafaka olana, « celui qui peut libérer, délivrer un homme », au sens où son écriture ne cesse de renouveler la question de l’origine, cette « origine » qui « donne naissance » mais dérive aussi étymologiquement de oriri, « se lever ».  Questionner l’origine semble ainsi, à la lecture de son œuvre, aussi bien relever de la création de nouvelles formes esthétiques que d’une profonde métamorphose de l’humain. « L’origine est devant nous », écrivait Heidegger, elle est, pourrait-on dire, la source vive qui nous permet de nous tenir debout, de tenir les deux bouts de notre complexe liberté, entre passé traumatique et présent oublieux, tout en contemplant l’avenir.

Virginie Brinker

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Extrait du spectacle :

LE PUITS

Lecture-spectacle d’après des textes de Jean-Luc Raharimanana.

Montage des textes : Cécile Cotté
Création musicale et sonore: Stéphane Scott, avec Virginie Brinker et Cécile Cotté

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