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L’Histoire de NYU Paris par son fondateur, Tom Bishop

Il y a 40 ans…

Si Mai 68 n’avait jamais existé, on fêterait cette année le 41e Anniversaire de New York University en France. Lors de cet été devenu mythique, nous avions prévu le lancement de notre programme parisien pour le semestre d’automne, mais quand les événements de Mai sont survenus, nous avons estimé que le moment n’était pas propice pour commencer. Si nous avions alors ouvert le programme, cela aurait probablement été un désastre, et nous ne fêterions actuellement que l’anniversaire d’un projet avorté. Mais heureusement nous avons bien attendu la rentrée de septembre 1969 pour commencer ; cela a bien marché, et la suite, tout le monde la connaît.

En fait, rien ne s’est passé aussi simplement que cela, et NYU en France, une fois lancée, n’est pas immédiatement devenue la réussite remarquable qu’elle est aujourd’hui ; au contraire, il a fallu pour cela un grand nombre de personnes douées et dédiées à sa cause. Cet avril, nous avons l’occasion de rendre hommage à leur vision et à leurs exploits, et de commémorer cette étoile dans le firmament étincelant de NYU, ce centre privilégié d’études, de recherche et d’échanges culturels franco-américain.

NYU in France a vu le jour sous l’impulsion du département de New York, qui désirait ajouter un lien français à ses activités. À cette époque-là, le susdit département s’appelait le Département des Langues et Littératures Romanes, et sa section espagnole avait déjà contribué quelques années plus tôt à la création d’un centre à Madrid, NYU in Spain. Bill Starr, « Chef » du all-University Department (tels étaient les noms de l’époque, aussi bien pour les personnes que pour l’organisation du département) et moi, qui dirigeait la section française au sein du Département, avons travaillé sur le projet parisien pendant quelques années et recruté un linguiste formé à Harvard, Amiel van Teslaar (venu en France en tant que GI et qui avait décidé d’y rester) pour le diriger.

Au moment où l’on a cessé de lancer des pavés, et où le gaz lacrymogène n’a plus été qu’un souvenir, nous avons commencé à faire de notre plan une réalité. Nous avons recruté un petit groupe d’enseignants, admis une classe initiale comprenant quelques étudiants de premier et deuxième cycles, et nous nous sommes installés dans des bureaux loués à une adresse célèbre : la Commission Fulbright au 9 rue Chardin. Le lieu n’était pas idéal, mais, au moins, nous avions enfin commencé. Toutefois, le programme a vite connu un certain succès, et nous avons dû rapidement chercher un lieu plus grand pour accueillir nos étudiants, dont le nombre ne cessait pas de croître.

Entre-temps, NYU avait mis fin au principe des « all-University Departments » ainsi qu’à leurs « Chefs». Nous étions à présent le Département de Français et d’Italien, et j’en étais le Directeur. Van Teslaar (ou « Van » comme on l’appelait) nous a trouvé un lieu spacieux, disposant d’amples bureaux et salles de classe, dans un endroit improbable : à l’étage supérieur de l’élégant centre « France-Amérique » situé sur l’avenue Franklin D. Roosevelt. Les noms du lieu et de la rue ne pouvaient certes pas mieux aller, mais il était étrange d’installer un centre universitaire sur cette avenue chic, tout près de l’Ambassade d’Allemagne et du célèbre restaurant Lasserre.

Néanmoins, nous nous y sommes rapidement sentis chez nous. Notre corps enseignant comprenait dès cette époque-là d’éminentes personnalités telles que Roland Barthes et Gérard Genette, ainsi que des professeurs du département de New York envoyés pour un an ; nous avons organisé des colloques, et nous avons pu bénéficier de l’élégant salon du centre « France-Amérique » pour animer chaque année un déjeuner réunissant les amis de New York University – une tradition qui s’est poursuivie jusqu’à ce jour, même si le déjeuner a lieu désormais au Sénat, palais du Luxembourg.

Après trois ans, nous avons dû quitter cet endroit parce que la société « France-Amérique », notre propriétaire, avait décidé de hausser le loyer jusqu’à un prix hors de portée. Si nous avons été obligés de partir, cela s’est avéré être un bienfait caché, car le programme avait tant grandi que nous étions désormais trop à l’étroit ; et en outre, l’environnement doré de l’avenue Franklin Roosevelt ne constituait peut-être pas l’emplacement idéal pour une institution universitaire qui se voulait sérieuse.

Van s’est donc mis en quête de grands appartements ou de petites maisons, si possible aux alentours de la Sorbonne ou du Centre Pompidou, mais les loyers dans ces quartiers étaient trop élevés, et New York ne nous accordait qu’un budget limité. Enfin, grâce à la recommandation d’un ami, le philosophe Jean-Marie Benoist, nous avons trouvé l’emplacement du 56 rue de Passy qui appartenait à des membres de sa famille et où nous sommes depuis 1974, soit près de 35 ans. À l’époque, la rue de Passy semblait très excentrée parce que le coeur de la vie universitaire parisienne restait encore dans le Quartier latin. Mais peu à peu la scène intellectuelle parisienne s’est décentralisée, on peut même dire qu’elle a connu une véritable explosion. Nanterre et Saint-Denis sont ainsi devenus des pôles importants, l’École des Hautes Études a même ouvert un centre près de nous rue de la Tour. Nous nous sommes habitués à  la rue de Passy à tel point de nous y sentir comme chez nous.

En cela nous étions beaucoup aidés par nos propriétaires remarquables, Michel et Marie-France Benoist,  qui étaient en outre les plus grands amis français des Etats-Unis que j’ai jamais connus. Notre centre dispose d’un très bel espace, jusqu’à une date très récente amplement suffisant. Et c’est Marie-France Benoist qui a tout fait pour nous libérer davantage de place pour nos besoins grandissants.

NYU in France a eu beaucoup de chance parce que Van, puis Judy Miller et aujourd’hui Caroline Montel-Glénisson ont tous su lui donner l’énergie stupéfiante, l’excellence universitaire et la forte présence culturelle qui font de NYU in France un modèle dans son genre au sein des programmes américains implantés à Paris, et parmi les programmes de NYU à l’étranger. Grâce à sa remarquable direction, NYU in France a prospéré, contre vents et marées, à travers les fluctuations du dollar, les périodes de grève des universités françaises, et même lorsque des tensions internationales ou des événements dramatiques tels que les attentats à la bombe dans le métro auraient pu décourager certains. Nos étudiants y viennent pour une année, un semestre ou un été pour apprendre ; apprendre d’abord qu’il existe d’autres cultures que la leur dans le monde, qu’il y a d’autres langues que l’anglais.

La langue française constitue la pierre angulaire de l’éducation que reçoivent les étudiants de NYU in France ; et qu’ils se spécialisent en littérature française (comme le font certains), ou en droit, en médecine, dans le commerce, le journalisme, l’informatique ou dans d’autres domaines (comme le font la plupart), la langue et la culture françaises qu’ils ont appris à connaître au sein de notre centre, ou une fois qu’ils ont marché dans la rue de Passy, dans la grande capitale qui l’entoure, ou qu’ils ont pris le métro ou le TGV en route vers une autre ville française, les accompagneront toujours. Nos étudiants de deuxième cycle obtiennent leur Masters à Paris, en bénéficiant de ce que les Universités et Grandes Ecoles parisiennes offrent de meilleur, tout en étant complètement intégrés aux cursus du département de français à New York. Nombre d’entre eux ont poursuivi leurs études, et fait de remarquables doctorats.

Paris possède de nombreux symboles américains, tels que le New Morning, la petite Statue de la Liberté sur le pont de Grenelle, les librairies Village Voice ou Shakespeare & Co., Joe Allen, et bien sûr l’Ambassade des États-Unis à la Concorde ou l’Hôpital Américain de Neuilly. Pendant ces quarante dernières années, New York University in France s’est progressivement imposée comme l’une de ces icônes américaines. Toutefois, elle s’est toujours voulue plus que cela et elle y a réussi : c’est aujourd’hui un point de contact essentiel entre deux grandes cultures, qui contribue à faire du lien franco-américain un aspect dynamique de la vie parisienne.

Tom Bishop

avril 2009

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